Avec ses deux installations visibles au Tetris,
Fabien Léaustic affirme délivrer  « un message politique
sans pour autant être moralisateur »


Fabien Léaustic présente deux installations au nouveau rendez-vous des arts numériques du Tetris, Exhibit ! Elles font écho à l’eau, au béton, au pétrole, très présents au Havre. Exsurgence... Ce terme ne vous dit rien ? Il s’agit d’une apparition ou d’une réapparition d’une source d’eau. C’est aussi le titre que Fabien Léaustic a choisi pour l’une des deux œuvres qu’il présente au Havre dans le cadre d’Exhibit !, le festival dédié aux arts numériques, qui se tient au Tetris tout l’été. Le jeune homme qui expose son travail à l’étranger comme en France au Palais de Tokyo. Il fait partie des 16 artistes invités pour l’exposition Paysage-fiction. Exsurgence, créée spécialement pour Le Havre, consiste en un trou dans un mur derrière lequel s’écoule de la terre liquide. Une œuvre surprenante donc, évoquée plus en détail par l’artiste, qui expose également La couleur des images.



Comment vous définissez-vous ?

Fabien Léaustic : « J’ai une pratique qui se situe à la frontière entre les arts et les sciences, ce que permet mon double bagage, mes études d’ingénieur et celles à l’École nationale des arts décoratifs de Paris. Je travaille aujourd’hui en collaboration avec des scientifiques. Depuis cinq ans, je travaille essentiellement avec des fluides et depuis deux ans, j’expérimente la céramique liquide : il s’agit de terre mélangée à de l’eau. Cela me permet de travailler la couleur, le degré de viscosité... »


Comment justement conjuguez-vous art et science ?

« Souvent, on se fait une image des arts et des sciences comme de deux mondes que tout oppose. Grâce aux collaborations que j’ai eues avec des scientifiques, j’ai découvert qu’il y a des ponts qui existent entre méthodologie de recherche et intuition. C’est très important pour moi de mettre en avant ces ponts-là.
Aujourd’hui, l’objet de la recherche est souvent la rentabilité et c’est dommage car on en écarte des domaines plus sensibles comme la philosophie. À l’époque, dans la recherche, on laissait une grande place au hasard. C’est comme ça qu’on a fait de grandes découvertes comme le vaccin. Alors de plus en plus, aujourd’hui, on observe un effort de jumelage entre art et science pour réexplorer cette sensibilité. »


Quelles pièces présentez-vous pour l’exposition Exhibit ?

« Il y a tout d’abord La couleur des images : c’est un écran d’1,25 m de diagonale serti d’un cadre en acier et recouvert d’une plaque de verre. Sur cette plaque, de la résine translucide pour imiter les gouttes d’eau. Je présente aussi Exsurgence qui est de la terre liquide qui coule en continu, enfermée dans un mur. Cela n’est pas sans rappeler à la fois le béton, matériau de la reconstruction et l’exploitation d’énergies fossiles comme le pétrole, très présent au Havre. »


Qu’exprimez-vous dans vos œuvres ?

« À chaque fois, dans mes installations, j’essaie de ne pas forcer l’interprétation. Le « regardeur » fait ensuite le travail de réflexion s’il a envie. Par exemple, dans Exsurgence, il y a pour moi un message politique sans être pour autant moralisateur. Quand on creuse un mur, on arrive aux fondations d’une maison ; c’est comme pour la société, on voit ainsi sur quoi elle s’est construite, l’exploitation d’énergies fossiles. »

En quoi vous inscrivez-vous dans une exposition sur les arts numériques ?

« Je suis très associé au Réseau art numérique. Mais l’appellation est pour moi à remettre en question car, dans mon cas, le numérique n’est pas le sujet de mes œuvres mais plutôt un outil pour les réaliser. »

Texte extrait de paris-normandie.fr au moment de l'exposition "Payage Fiction" de Charles Carcopino dans le cadre de "Un été au Havre" en 2018.