Chiche dit Alice et elle traverse le miroir, prenant bien soin de garder un petit éclat de verre en forme d’épée dans son jeans. Elle ferme les yeux, ne sait pas si elle monte ou elle descend. Dans cet ascenseur qui n’existe pas, elle entend des sons, des langages et sourit au vertige de l’invisible. Là voilà dans un grand jardin suspendu. En rouvrant les yeux Alice aperçoit «  l’homme cerf » maître de cérémonie qui l’entraîne dans ce lieu du commencement, entre terre et ciel, vers « les théinographies ».
Les tasses de thé fumantes d’orgueil s’offrent au regard d’Alice qui souffle sur la fine pellicule de surface, joue à construire une cartographie avec le doigt. Apparaissent des plaques tectoniques, en filigrane s’impose la fragilité du monde. Alice boit et devient grande, grande. Tourbillons, vents de tête et marée des fantasmes : la voici dans un immense hangar baigné de lumière où les effets d’otique changent les volumes. Elle marche dans l’eau, la boue, au milieu des planctons. Vogue vers elle une drôle de chaise longue. Pas d’Achéron pour Alice : elle s’envole bien calée dans son drôle d’avion. Quoiqu’il arrive, la poétique fait sens. Avec sa petite épée de verre, Alice ouvre le futur.

Texte: Dominique Daeschler - 2017