En se détachant de la rigueur scientifique et en introduisant une part de magie dans ses œuvres, Fabien Léaustic propose aux visiteurs un dialogue entre des domaines de prime abord antagonistes. Il établit des correspondances, qui ne sont pas sans évoquer les « synesthésies » de Charles Baudelaire, ces liens entre le monde des perceptions et celui des idées, entre le monde matériel et le monde spirituel, que seuls les artistes savent déchiffrer. Grâce à ce nouveau langage, au croisement entre sciences et poésie, Fabien Léaustic parvient à intensifier nos sensations, à nous faire ressentir la matière et à révéler les phénomènes naturels qui la régissent.
Son œuvre est marquée par la manipulation de l’eau et de la lumière, prémisses de toute vie. Son œuvre Coleus (2016) révèle son désir de créer un jardin hors-sol et autonome, géré par des installations mécaniques. Inscrit dans une dynamique de perpétuelle évolution de ses œuvres et inspiré par l’impermanence de toute chose, Fabien Léaustic affine toujours davantage ses créations. Il n’est donc pas étonnant de découvrir ici Monolithe qui semble être la poursuite de la réflexion initiée avec Coleus. Ainsi, avec son œuvre Aurore (2016), il reproduit et met en scène un arc-en-ciel permettant alors aux visiteurs d’en découvrir les secrets. L’artiste questionne l’origine du monde et de ce qui le compose : les phytoplanctons (organismes vivants primaires), la tectonique des plaques responsables de l’apparition des continents ou encore la terre crue symbole de l’apparition de l’habitat.
Enfin, c’est avant tout dans la contemplation, dans l’attention accordée aux détails les plus infimes, que Fabien Léaustic trouve l’imperceptible : une tasse de thé, un arc-en-ciel, un ciel gris ou encore un robot ménager. À partir de ces éléments familiers, il provoque des situations au sein desquelles se développent l’insolite et l’étrange : l’œuvre-artiste Horace (2016) présente un aspirateur ménager qui, géré par un programme électronique, dessine de manière autonome. Les machines ingénieuses de Fabien Léaustic emprisonnent les phénomènes naturels et nous les révèlent dans un cadre insolite. C’est de cette relation entre familier et étrange que se révèlent "les riens qui font des mondes".

Texte - Adeline Lacombe & Elena-Lou Arnoux pour "Le 87" - Art Exprim - 2017