La couleur des nuages

2016
Vidéo de nuages, résine d'inclusion, aluminium.
Dimensions variables, série en continue,
pièces uniques.

Les gouttes d'eau d'un ciel pluvieux agissent comme un prisme et décomposent la lumière en taches de couleurs qui viennent enrichir une image monochrome. Il s'agit ici de révéler les couleurs prisonnières d'un ciel gris, de les faire miroiter sur un écran avec le concours et l'adhésion d'un oeil disposé à les chercher. La diffraction de la lumière émise révèle un chatoiement de couleurs évanescentes qui viennent parsemer le paysage de touches invisibles dans l'image originale.

Texte de Charles Carcopino pour l’exposition “Paysages Fiction” en 2018.
Cette œuvre vient se placer dans la famille déjà grande des machines ou dispositifs mécaniques, optiques ou électroniques destinés à capter, enregistrer et amplifier des phénomènes aux confins du visible, là où l’art et la science peuvent se rencontrer. Il s’agit ici rien de moins que de révéler les couleurs prisonnières d’un ciel gris, de les faire miroiter sur un écran avec le concours et l’adhésion d’un œil disposé à les chercher. Sitôt branché l’écran affiche un programme, un générique, tous les opérateurs et petites mains qui ont joué dans ce scénario atmosphérique, météorologique pour entraîner le regard dans une aventure spéculative, au-delà du miroir et des apparences, dans un parcours avec de fortes interrogations sur les êtres de la métamorphose, la géométrie des sphères ou l’organisation interne des couleurs.


Le voyage commence avec une image du ciel gris de St Denis, travaillé par le vent qui laisse apparaître des coins de ciel bleu ou complètement gris, obstrué, un voile gris uniforme : Un voile qui , comme un rideau de scène, aurait une double existence, celle d’une chose qui arrête le regard, avec un dessin et des motifs, mais aussi une autre existence induite par ces effets de moire attribués à l’étoffe sans lui appartenir, des figures évanescentes et des ébauches de mouvement dans les plis, une existence virtuelle.
Dans le cadre gris en aluminium qui les délimite, les nuages ont bien une teneur chosale et substantielle, une nébulosité bien visible mais aussi une présence vaporeuse lourde de virtualités et de mystère : c’est le ciel d’un endroit ponctuel du monde, localisé par ses coordonnées longitude latitude, un point précis pris dans les masses d’air qui circulent dans l’hémisphère, dans ce gigantesque « jeu du monde » ou cette dispute permanente entre la lumière et l’obscurité, un miroir de l’atelier de l’artiste, de ses recherches et projets.


Comme dans une poésie de Rilke le monde réel cède aux instances du virtuel et le voyage se poursuit dans un paysage numérique à une autre échelle, dans une autre dimension du temps et de l’espace, donnant accès à l’architecture secrète du nuage, ses modifications différentielles et ses transformations kaléidoscopiques, ses richesses intérieures et secrètes : une distribution aléatoire de gouttes d’eau de taille et de volume différents, où se réfléchissent et se réfractent les rayons lumineux, un tapis léger de bulles ouvertes à la lumière, l’écume du temps quand il rencontre l’espace. C’est là, bien enrobées dans leurs bulles que les couleurs se déploient en filaments scintillants de rouges, de verts et de bleus et attendent que l’œil d’un spectateur les fasse chatoyer, en multiplie les reflets de pierres précieuses : un festival de couleurs dans une goutte d’eau qui se reproduit dans toutes, avec des variations très rapides;
Les éclats de couleur se bousculent dans leur gravitation frénétique sur les orbites erratiques de ces bulles. Plus que des éclats, l’éclat du ciel gris !


Dans la tradition de la peinture de paysage les nuages ont rempli ce rôle de filtre et de révélation de la couleur en raison de leur translucidité : elle n’est vraiment révélée que lorsque la lumière a dû s’associer à son contraire, l’opacité et l’obscurité. Avec les ressources de la création numérique Fabien Leaustic rassemble ces ébauches de couleur qui se dessinent et se brouillent aussitôt dans un ciel gris, ces phosphorescences passagères, ces fragments fugitifs, ces éclats, il les accélère et les amplifie pour en faire dans l’ ici et le maintenant de l’oeuvre l’éclat du lieu et de l’instant présent.


Texte de Georges Quidet en 2016.
Trois tableaux de la série assemblés lors d’une expositionà la galerie Odalys à Madrid en 2016

La couleur des nuages - 031215 - Saint Denis - 48.940029 2.343363
66 x 45 cm

La couleur des nuages - 030216 - Frontera - 42.464384 2.864768
62,5 x 42 cm

La couleur des nuages - 090216 - Madrid - 40.442003 -3.737079
66 x 45 cm