Fondaciòn

2018
2200 briques, 5,4 tonnes par empilement.

270 x 200 x 120 cm.

Fabien Léaustic rêve les métamorphoses de la matière, sa force plasmatrice, sa capacité à donner forme plus qu’à en épouser une. Le moment originel c’est la terre ; c’est elle d’où naissent les végétaux, elle qui conduit l’eau mais la détourne aussi, lui résiste, s’en imprègne, devient pâte ductile, glaise, limon. Le feu du four ou du soleil en fera une assise pour bâtir et pour détruire. Avec Fondation l’artiste a su jouer avec ces polarités. Les briques qui portent l’empreinte d’un pistolet parlent du sol d’où cette terre est extraite. Elles évoquent le Mexique, territoire accueillant qui fut aussi un théâtre de violence, celle des premières civilisations mexicaines, de la conquête espagnole mais aussi celle de notre vie quotidienne aujourd’hui comme le rappellent ironiquement ces pistolets pour enfants qui jouent « à mourir pour de vrai ». (...)

L’artiste est venu d’ailleurs indirectement à cette question puisque c’est la découverte des briqueteries qui l’a amené à y réfléchir. Ces briques faites avec du sable, de la terre et de l’eau trouvés dans la région, durcissent posées sur le sol sans protection si bien que leur processus de fabrication dépend étroitement des variations météorologiques. « En voyant ces briques en train de sécher, dit l’artiste, j'y ai vu tout de suite une armée ». Ce sont 2200 sujets qui, ensemble, composent finalement une pyramide d’un peu plus de 5 tonnes, aussi imposante que fragile, évoquant comme une gigantesque vanité le destin éphémère des civilisations face aux forces naturelles les plus élémentaires.

Texte de Gilles A. Tiberghien en 2018 pour la fondation Casa Proal.