Eau de Paris - Cyprès

2016
Trois cyprès, eau, lumière et techniques mixtes.
700 x 400 x 450 cm

Avec "Eau de Paris - Cyprès", installation sculpturale savamment mise en scène, Fabien Léaustic s’intéresse au végétal ; en particulier à sa sémiologie qui raconte notre rapport au monde. Originaire d'Asie occidentale, le cyprès est un marqueur ancestral des pérégrinations humaines. Sur le pourtour méditerranéen, il informe sur l’hospitalité du lieu où il est implanté. L’œuvre a donc naturellement trouvé sa place dans le hall d’accueil du bâtiment qui l'abrite. Depuis l’antiquité, le cyprès est aussi un symbole d’éternité. Et ce qui fascine, c’est tout le dispositif d’excroissance autour de ces arbres, qui permet leur survie. L'électricité, palliatif salutaire, alimente une lumière artificielle, sans laquelle ils mourraient, emportant avec eux tout leurs sens.

Une interprétation en forme de mythanalyse en hommage à Denis de Rougemont, nous pousse alors au questionnement : dans les conditions de l’installation et aux regard des Métamorphoses d’Ovide, Cyparisse a t-il réellement échappé aux enfers pour accéder à la vie éternelle ? Son cerf bien aimé, qu’il assassina par erreur, serait-il à l’image de la Nature dont il est maintenant privé ? Une chose est sûre, son asservissement aux technologies conditionne maintenant sa manière d’être au monde.

Cyparisse et son cerf ︎
Fables choisies
tirées des Métamorphoses d'Ovide,
1878 - Gravure: Bernard Picart.

L’eau est LA matière protéiforme et omniprésente par excellence, passant sans cesse d’un état à un autre, solide, liquide ou gazeux. Elle est présente jusque dans l’ampoule pharmaceutique de Marcel Duchamp, «ready-made» contenant l’ « Air de Paris » : l’eau et la lumière sont ici apportés de manière artificielle. « Eau de Paris » alimente trois cyprès qui portent en eux la force sémiologique de leur histoire. Ils informent le visiteur sur l’hospitalité du lieu, un point de repère et de questionnement, d’accueil et de discussions. Le cyprès est également un symbole mythologique de vie éternelle. Mais l’électricité est maintenant la force vitale de l’œuvre sans quoi les arbres périraient, emportant avec eux tout leurs sens.

Texte d’Emmanuel Cuisinier, commisssaire d’exposition de l’exposition Hemisphère
et directeur artistique du centre des Arts d’Enghien les Bains.