Né en 1985, Léaustic fait partie de nouvelles générations artistiques nourries par la diversité de démarches qui s'éveillent dans les écoles d'art et qui reconnaissent « l’importance du medium (le corps physique) dans la construction de l’entité symbolique/objet d’art ». Il a aussi frotté sa sensibilité aux dispositifs, ses projets empruntent à un large éventail de cultures (sub ou high, local ou global) et à tous les savoir-faire notamment scientifiques et technologiques. Questionnant le monde dans lequel il l'a fait naître, il inscrit cette pièce dans une recherche fondamentale qu'il mène avec le Centre des Mathématiques Appliquées (CMA) et l'EnsadLab.

Recherche qui porte sur une lecture critique des savoirs scientifiques en utilisant les moyens de création pertinents pour mettre en perspective ces questions.

« Le CMA utilise la modélisation prospective pour mettre en regard la globalisation économique et les changements climatiques, explique-t-il. Son objectif est d'avoir une vue sur les sociétés qui s’annoncent en fonction de la problématique de la raréfaction des matériaux et de toutes les interrogations que cela pourra poser. Ainsi j'ai fait une liste de matériaux qui condensent les enjeux environnementaux comme la terre, l'eau, le carbone, et j'en fais le terreau des œuvres que je suis en train de concevoir. Les données traitées par le CMA créent des scénarios réalistes, qui prennent en compte l'état de nos connaissances actuelles, mais qui sont aussi de l'ordre de la fiction, donc nécessairement faux. Ce n’est pas pour autant de la science-fiction car ils ne peuvent pas mettre en jeu une science ou des technologies qui n'existent pas encore. Ces scénarios d'anticipation sont la genèse de mon travail.

Ma pensée principale est d'incarner une réflexion au travers de productions artistiques, le but n'est pas d'être catastrophiste mais d'exploiter la phénoménologie et la morphogenèse naturelle pour en faire valoir l'expérience sensible. »

Attaché avant tout à l'artisticité de l'œuvre, à son pouvoir et aux actions qu'elle peut susciter, Léaustic souhaite qu'à l'apparence matérielle réponde une rigueur scientifique. Mais il se refuse à se plier à des attentes morales déléguant ce rôle au public. Ses installations convoquent les imaginaires contemporains imprégnés par les informations alarmantes auxquelles ils sont de plus en plus nombreux à accorder du crédit. Chaque visiteur, à partir de son expérience particulière, détermine la valeur sensible et conceptuelle de ses œuvres.

Texte d’Anne-Marie Morice en Janvier 2020
pour Trans/Verse, plate-forme contributive
sur l'art contemporain.